2015/2016

Philippe Mongin, Dr.

Directeur de recherche

Centre national de la recherche scientifique, Paris

et Professeur à l'École des hautes études commerciales, Jouy-en-Josas

Né en 1950 à Marseille
Etudes de philosophie à l'Ecole normale supérieure et de sciences économiques à l'Université de Cambridge (G.B.) et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris


Arbeitsvorhaben

L'économie théorique ou le sens commun magnifié

L'économie en tant que discipline (« économie politique », « science économique », political economy, economics, Volkswirtschaftslehre, Wirtschaftswissenschaft) a fait l'objet d'abondantes études critiques, relevant pour partie d'elle-même, pour partie des autres sciences sociales et pour partie de l'histoire et de la philosophie des sciences. Le projet reprend, mais réoriente cette tradition de questionnement. Il fait de l'élaboration théorique un trait différenciant de la discipline à l'intérieur des sciences sociales, ce qui suppose au préalable d'avoir construit une notion philosophique de théorie qui puisse s'appliquer comparativement. En accord avec cette option, le projet se fixe sur l'économie néo-classique dans sa phase de maturité, donc au-delà de ses débuts chez Walras, Marshall et Pareto, celle, plus précisément, qu'illustrent les traités de Hicks (1939), de Samuelson (1947) et, aujourd'hui, de Mas-Colell, Whinston et Green (1995). Il y rattache l'économie de l'information, qui est toujours en développement, certaines parties de la macro-économie contemporaine, et tout ce qui, dans la théorie de la décision et des jeux, est venu enrichir les conceptions néo-classiques de l'agent rationnel et de l'équilibre de marché.
Le projet tend vers plusieurs thèses dont il s'agira d'éprouver la solidité au cours de la recherche. En premier lieu, la théorisation économique procède contradictoirement à l'égard du sens commun, d'une part, en y enracinant ses concepts techniques, d'autre part, en rompant avec lui, chaque fois que les exigences théoriques, et en particulier celles de la formalisation mathématique, prennent le dessus. Il en résulte une dialectique dont il faudra suivre le mouvement sur des exemples pris dans le corpus. En second lieu, et de façon cohérente avec son origine, la théorisation économique recourt massivement à des concepts évaluatifs, ceux de l'agent rationnel et de l'équilibre de marché tombant sous ce chef. En troisième lieu, malgré le pessimisme affiché par la philosophie à l'égard de la psychologie du sens commun (folk psychology), supposée inaméliorable, la théorisation économique manifesterait qu'il est possible de progresser par rapport à sa base triviale. En quatrième lieu, c'est par l'ensemble de ces traits, et non par une pertinence empirique qu'elle n'a malheureusement pas, que l'on peut expliquer le succès mondain de la discipline, et la singularité persistante qui conduit les gouvernants d'Etats et d'entreprises à choisir des économistes comme conseillers du prince.

Lecture recommandée :

Mongin, Philippe. « Value Judgments and Value Neutrality in Economics. » Economica 72 (2006) : 257-286.
- (avec C. d'Aspremont). « Utility Theory and Ethics » dans Handbook of Utility Theory, édité par S.Barberà, P. Hammond et C. Seidl, 371-481. Dordrecht : Kluwer, 1998.
-. « Modèle rationnel ou modèle économique de la rationalité ? » Revue économique 35 (1984) : 9-64.

Dienstagskolloquium , 23.02.2016

Questions de philosophie des sciences à propos de l'économie théorique

Les économistes entretiennent de longue date un rapport privilégié avec le pouvoir. Non seulement ils sont présents dans le pouvoir d'Etat ou l'influencent, mais ils agissent sur la société par de multiples canaux moins faciles à repérer. Une petite littérature sociologique vise aujourd'hui à décrire ces ressorts multiples et elle en vient à brosser des comparaisons dénonciatrices entre l'économie et ses soeurs moins bien loties des sciences sociales. Cette littérature manque certaines caractéristiques essentielles à la discipline, et en particulier l'existence d'une composante théorique à la fois très développée et de nature singulière.

Nous tenterons de montrer non pas dans cet exposé même, mais au terme du projet, que ces deux traits de l'économie théorique en disent long sur le rôle politique et social des économistes. Le projet se développe en deux parties dont seule la première sera ébauchée ici. Elle consiste à étudier la structure interne de l'économie théorique, alors que la seconde partie s'efforcera de montrer comment l'économie théorique se rapporte au monde, certainement par la confrontation avec l'expérience et par l'application technique, mais aussi par des médiations moins évidentes, comme la production de jugements de valeur et l'inscription matérielle dans des artefacts.

Pour orienter la première partie, nous nous appuierons sur différentes idées relatives aux théories scientifiques. Nous indiquerons en quel sens précis la théorie de l'équilibre général, qui contribue à charpenter l'économie théorique actuelle, peut s'apparenter à une théorie scientifique. Nous insisterons sur le rôle éminent des mathématiques en distinguant plusieurs fonctions qu'elles remplissent à l'égard des théories scientifiques en général et nous esquisserons quelques critères possibles du progrès conceptuel ou théorique, par opposition au progrès empirique, sur lequel la philosophie des sciences insiste plus couramment.

A supposer que ces réflexions aboutissent, elles ne régleraient pas encore la question de savoir si l'économie est scientifique ou l'est plus que ses disciplines soeurs. La réponse à cette question implique de considérer le rapport à l'expérience, par exemple suivant les critères philosophiques connus de démarcation entre science et non-science.

La mathématisation assez poussée de l'économie théorique actuelle la rend abstruse au profane, et nous avons décidé en conséquence de développer les idées qui précèdent d'une manière historique, en privilégiant deux grands économistes du passé, Ricardo (1772-1823) et Walras (1834-1910). Le premier est le théoricien principal de l'école classique anglaise, qui a dominé le début du XIXe siècle, le second est un des fondateurs de l'école néo-classique apparue vers la fin du XIXe siècle, école qui aura dominé internationalement jusqu'à aujourd'hui même. Walras est l'inventeur de la théorie de l'équilibre général et nous introduirons les thèses principales de cet exposé en comparant sa théorie avec celle des coûts de production que proposait Ricardo.


Publikationen aus der Fellowbibliothek

Mongin, Philippe ( Berlin, Heidelberg, 2019)
Analytic narratives : what they are and how they contribute to historical explanation

Mongin, Philippe ( 2018)
A game-theoretic analysis of the Waterloo campaign and some comments on the analytic narrative project

Mongin, Philippe ( 2017)
Bref addendum sur la "conception expérimentale de la rationalité"

Mongin, Philippe ( 2012)
Waterloo ou la pluralité des interprétations

Mongin, Philippe ( Paris, 2012)
Les risques majeurs et l'action publique : rapport Les rapports du Conseil d'Analyse Economique ; 105

Mongin, Philippe ( Paris, 2012)
La protection du consommateur : rationalité limitée et régulation ; rapport Les rapports du Conseil d'Analyse Économique ; 101

Mongin, Philippe ( Paris, 2011)
Valoriser le patrimoine culturel de la France : rapport Les rapports du Conseil d'Analyse Économique ; 97

Mongin, Philippe ( Paris, 2010)
La pluralité interprétative : fondements historiques et cognitifs de la notion de point de vue Les conférences du Collège de France

Mongin, Philippe ( 2008)
Retour à Waterloo : histoire militaire et théorie des jeux

Mongin, Philippe ( 2008)
Waterloo et les regards croisés des interprétations